Suisse – Hérens – Traditions

Published: 20/09/2018 | Documented: Jul.-Sept. 2018
Categories: Europe, Switzerland

Mon dernier billet a visité la vie quotidienne dans le Val d’Hérens. Celui-ci explore certaines traditions hérensardes pratiquées dans des jours pas comme les autres. Car visiter des traditions, c’est retracer une culture transmise depuis un passé immémorial.

Au 1er siècle de notre ère, le poète romain Juvénal dénonçait dans ses Satires les abus de pouvoir de l’élite romaine qui entretenait une paix sociale à bon marché en assurant au peuple nourriture et divertissements:  panem et circenses – du pain et des jeux.

Mon œil a observé le pain et les jeux en terre hérensarde, dans une perspective culturelle et non politique. Afin de compléter le cycle de l’existence, il a également affronté la mort sous un angle inédit.

Fête du pain – La Luette

Le pain de seigle charpente l’alimentation courante des Valaisans depuis longue date. Le seigle est la céréale la mieux adaptée au climat valaisan et peut se cultiver jusqu’à 2’200 m d’altitude. Au fil du temps, d’autres céréales sont apparues dans la fabrication des pains. Déclassé, le pain de seigle a fait figure de pain du pauvre jusqu’aux années 1990 avant sa réhabilitation contemporaine.

Les communautés montagnardes fabriquaient le pain dans un four de pierre d’usage collectif – le four banal. Ils y cuisaient des fournées de pain de seigle deux à trois fois par an car la céréale se conserve longtemps. Certains villages hérensards tels La Luette, Nax ou Mase disposent encore d’un four banal.

La Fête du pain de La Luette perpétue ainsi une tradition pluri-centenaire. La fabrication du pain de seigle s’éteint dans les années 1960, avant qu’une association locale ne la ravive.

La fête est simple mais belle. Elle débute aux aurores avec le pétrissage de la pâte, laissée plusieurs heures à reposer avant sa cuisson. Parmi les 69 miches enfournées ce matin-là, l’une d’elle a enrichi ma table.

Même si le seigle n’est souvent plus cultivé localement, il demeure un élément clé de la culture alimentaire du Val d’Hérens.  N’en déduisez pas que l’Hérensard cultive un passéisme désuet ; il conjugue tradition et modernité avec aisance.

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Hérens 2018

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Combat  de reines – Les Haudères

La vache d’Hérens occupe une place privilégiée dans l’élevage traditionnel valaisan. Elle se distingue par ses formes trapues, sa robustesse et son humeur belliqueuse.

Durant l’estivage en alpage, le troupeau de vaches d’Hérens choisit son leader parmi ses rangs au travers de luttes spontanées. Les combats de reines contemporains formalisent ainsi un instinct naturel animal. D’un point de vue politique, les combats de reines reflètent le souci de préserver une culture agraire en pleine mutation. Sur un plan symbolique, elles participent à l’identité valaisanne. Sociologiquement, on relie aisément l’esprit frondeur, opiniâtre, audacieux voire bagarreur du Valaisan aux humeurs combatives des vaches d’Hérens.

Même si les combats de reines ne constituent a priori pas ma tasse de thé, j’ai souhaité revoir un tel événement afin de raviver mes souvenirs d’enfance et documenter un aspect clé de la culture montagnarde valaisanne.

Les compétitions contemporaines procèdent d’une démarche professionnelle respectueuse des vaches en lice. Celles-ci ne sont aucunement poussées à combattre. En cas de blessure, elles sont mises immédiatement hors-jeu et bénéficient immédiatement de soins vétérinaires.  Les luttes ne sont pas toujours dures et physiques, mais souvent subtiles et tactiques.

L’ambiance est bon enfant, typique d’un microcosme de gens qui se connaissent bien. La gent féminine figure non seulement dans le public mais également dans les rangs des éleveurs comme du jury. Fait moins avenant pour moi, la publicité commerciale envahit cet espace culturel comme beaucoup d’autres. Au final, de belles cloches et un concert de cors des Alpes réconcilie tous les esprits.

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Hérens 2018

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Bal traditionnel – Evolène

Je me suis laissé tenter par un bal folklorique en costumes traditionnels tenu à Evolène. Plutôt qu’un festival folklorique régional très ordonné, le bal local permet mieux approcher ses protagonistes et mieux palper la résonnance contemporaine d’une pratique ancestrale.

Après le travail, la fête et la danse. Comme ailleurs en Valais, les bals folkloriques ont nourri la vie villageoise du Val d’Hérens. Danses folkloriques,  musique champêtre et costumes traditionnels y faisaient bon ménage, car la danse est plus belle en de beaux atours au son d’airs entraînants. Les bals étaient des moments clé de la vie villageoise, où tant de liens sociaux se font et se défont.

On danse en larges groupes, souvent reliés par paires des deux genres.  Les musiques et les pas empruntent à la polka, la valse ou encore le sottische, mais s’essaie également à des rythmes plus contemporains afin de traduire certaines images. Les chorégraphies évoquent souvent des scènes de la vie quotidienne.

Le bal traditionnel ne va jamais sans une cantine en guise de bar. A mon plus grand plaisir photographique, l’événement évolénard comporte également un atelier de dentelle et divers jeux pour jeunes et moins jeunes.

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Hérens 2018

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Fontaine des morts – Hérémence

Après la vie, la mort. Comme ailleurs, la Grande Faucheuse prélève son tribut d’âmes au Val d’Hérens.  L’errance des âmes est un thème fort de la thanatocratie (culte des morts) traditionnelle en terre valaisanne.

Mon billet consacré à l’habitat hérensard évoque les fenêtres de l’âme, pratiquées dans la façade des maisons traditionnelles. Ces discrètes ouvertures devaient permettre aux âmes des défunts de quitter le logis familial et de rejoindre l’au-delà, mais aussi d’y revenir une fois leur dépouille enterrée.

Les anciens racontent qu’autrefois, les âmes des défunts s’assemblaient en procession expiatoire annuelle afin de gagner le paradis. Le Jour des Morts, elles se réunissaient entre les collines de Valère et Tourbillon pour gagner ensemble les hauteurs d’Hérémence et finalement le Plan des Morts situé au pied de l’actuel barrage de la Grande-Dixence.

La procession annuelle des fantômes suivait un itinéraire précis qui passait notamment par la Forêt Derrière au-dessus d’Hérémence. A cet endroit, les âmes s’abreuvaient à l’eau d’une source, appelée dès lors la Fontaine des Morts.

La tradition veut que les vivants qui s’approchaient de la Fontaine des Morts doivent tremper leur doigt dans la source, puis se signer avant de se désaltérer. Ils sont en outre tenus de planter près de la source une petite croix confectionnée à partir de bois ou de pives.

Une récente étude ethnologique examine le thème en détails.

Pour ma part, j’ai eu quelque mal à trouver la Fontaine des Morts. Le lieu est modeste et discret, mais vivant…

La forêt de croix de formes et tailles diverses atteste de la vivacité contemporaine de la croyance. J’y ai contribué. Après avoir trempé mon doigt dans le filet d’eau, j’y ai laissé une petite croix de bois et de pommes de pin.

Je n’y ai rencontré aucune âme errante, je pense. A moins que l’une d’entre elles ne se dissimulait dans l’écureuil qui batifolait à proximité.

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Hérens 2018

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Voilà mon esquisse de la vie culturelle traditionnelle au Val d’Hérens. Un dernier billet suivra pour clore le thème hérensard.

 

Bien à Vous,