France – Sur les traces d’Arsène Lupin

Published: 08/03/2013 | Documented: Feb. 2013
Categories: Europe, France

J’ai récemment débarqué en Normandie, près du port d’Etretat. Non pas comme l’un des trois millions de soldats alliés qui se lancèrent à l’assaut des lignes allemandes dès le 6 juin 1944 afin de libérer la France occupée. J’ai plutôt débarqué tel Arsène Lupin. Sur les traces de l’illustre et fictif gentleman cambrioleur, en fait.

Arsène Lupin à Etretat

De nos jours, le petit port d’Etretat est surtout connu pour son Aiguille creuse et son Arche d’Aval, superbes fantaisies géologiques sculptées dans les falaises crayeuses veinées de silex noir de la Côte d’Albâtre. Celle-ci borde la Manche le long du pays de Caux, reliant Tréport au Havre.

Dans le roman L’aiguille creuse publiée en 1909, Arsène Lupin hante Etretat en lien avec un fabuleux trésor. Fortune des rois de France, le pactole serait transmis dans le plus secret au sein de la monarchie française depuis César. Perspicace, Arsène Lupin localise le trésor caché dans la fameuse Aiguille creuse d’Etretat.

Bonne nouvelle pour les finances publiques françaises, aucun des protagonistes de L’aiguille creuse ne parvient à dérober le trésor oublié. Je ne l’ai pas trouvé non plus. Trop froid pour me mouiller dans les eaux de la Manche. Ce sera pour ma prochaine visite à Etretat.

La Côte d’Albâtre

Afin de percer le secret d’Arsène Lupin qui me mènera au trésor royal, j’effectue quelques repérages le long de la Côte d’Albâtre et dans la campagne normande, avant de gagner Rouen. La capitale normande a vu naître en 1864 Maurice Leblanc, le père de plume du gentleman cambrioleur.

Gentleman cambrioleur

Roulant ma bosse vers Rouen, j’explore diverses pistes. Maurice Leblanc était entiché de manoirs, en nombre en Haute-Normandie. J’en visite quelques-uns sans découvrir d’indice utile à ma recherche. J’approche également les pouvoirs publics, en vain.  Dans un verger, je surprends un jeune gentleman cambrioleur qui me prétend pourtant tout ignorer d’Arsène Lupin.

Gentleman cambrioleur

Rouen

Le cœur historique de la capitale normande est magnifique, digne d’un roman historique et policier. Arpentant les ruelles, je scrute les prestigieux monuments de style Renaissance, et plus encore les vénérables bâtisses moyenâgeuses construites en colombages de chêne peint remplis de torchis. Des encorbellements au dessus du rez-de-chaussée élargissent les étages au dépend de la rue, au risque de favoriser la propagation des incendies. Des gratte-ciel de mikados, tendus comme des flèches vers le ciel. Des sculptures architecturales à la géométrie aussi incertaine que bigarrée.

Revenons à mon enquête. Aristocrate galant mais aussi détrousseur plébéien, Arsène Lupin est un personnage discret et complexe, difficile à cerner et à identifier. Connaissant le goût du gentleman cambrioleur pour les chapeaux haut-de-forme, je traque les porteurs de couvre-chef. Je me rends sur la place du Marché, là même où Jeanne d’Arc fut brûlée vive en 1431 par l’occupant anglais, déclarée coupable d’hérésie à l’issue d’un procès inique.

Des couvre-chefs, j’en vois un bon nombre. Nom d’un chien, pas celui-ci. Pas plus que la casquette de ce gros gourmand. Tout galant qu’il est, Arsène ne saurait se dissimuler sous la coiffe traditionnelle des dames normande. Peut-être que ce chapeau melon… encore que non, car il manque d’allure. Je tourne en rond.

En désespoir de cause, je quitte la place du Marché pour m’engager dans les ruelles attenantes. Il se fait tard. Le quartier historique rouennais prend des contours fantastiques et mystérieux – une ambiance propice à y rencontrer fortuitement l’élusif gentleman cambrioleur.

Je bats le pavé des rues, même les plus mal famées. Mendiants, vagabonds, fêtards et ivrognes me dévisagent d’un air interlope, m’interpellent rudement. Je m’éloigne à grands pas et m’enfonce dans la nuit sous la lumière grelottante des rares candélabres.

Soudain, un détail capture mon regard. Arsène Lupin a visité cet endroit voici peu. Je reconnais son style élégant et narquois. Dans cette échoppe esseulée, le voilà qu’il a dérobé un précieux Stradivarius – son violon d’Ingres. Comme souvent, il a l’outrecuidance de signer son larcin. Cette fois-ci non pas d’un haut-de-forme, mais d’un coquet canotier de paille.

Le gentleman cambrioleur a encore frappé.

Bien à Vous,

Signature field 870 pix font 12pts (3)