Suisse – Graffiti Art

Published: 28/04/2012 | Documented: Apr. 2012
Categories: Switzerland

Après un séjour genevois, l’envie d’aborder l’un de mes thèmes photographiques de prédilection : le graffiti art, et plus largement le street art.

Porter le graffiti au panthéon artistique est sujet à controverse. D’abord, tout graffiti ne constitue pas une œuvre d’art, tout comme toute croûte peinte n’est pas une œuvre de maître. Plus fondamentalement, la modification non autorisée d’espaces publics ou privés représente une forme de vandalisme même si elle poursuit un objectif artistique.

Pour ma part, j’ai toujours apprécié cet art interlope réalisé en catimini par des individus dont le profil combine en quelque sorte Picasso, Mr. Hyde et Zorro.

Car le graffiti art se veut activiste et subversif. Il prend le mur pour toile afin de symboliser et dénoncer les rigidités sociales. Sa violence ne se borne pas à l’usage de bombes aérosols ; elle se veut inspiratrice de profonds changements sociaux, avant-hier sur le défunt mur de Berlin, aujourd’hui dans la mouvance du Printemps arabe.

Face au graffiti, la sanction est la réponse publique la plus fréquente, ce qui fait de l’œuvre un art éphémère et de son auteur un hors-la-loi. La tolérance, la lassitude ou l’indifférence créent des brèches plus pérennes dans l’espace public.

Le graffiti art est parfois aussi récupéré par les sphères politique et marchande. En 2008, l’ambassade suisse à Londres confie la décoration de son parking souterrain à quelques artistes de graffiti pour améliorer l’image helvétique au Royaume-Uni. L’oeuvre réalisée dans ce contexte par l’un d’entre eux, le mythique Banksy, est estimée désormais à plus d’un million de livres sterling.

En plus de son immense talent artistique, Banksy est doté d’un humour décapant. En 2008, il organise à Londres un festival de street art qu’il intitule Cans Festival, pour mieux pasticher la manifestation cinématographique qui draine une fois l’an la faune people sur la Croisette.

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Genève ne représente pas à priori un creuset de graffiti art. La cité du bout du lac est mieux connue pour des images naturelles et sereines.

Pourtant, le graffiti art existe bel et bien dans la cité de Calvin. Il est parfois cru et militant, souvent narquois et provocateur, mais surtout profondément esthétique. Dans ses expressions les plus élaborées, son militantisme esthétique prône finement la mobilité douce, l’écologie et la réduction des inégalités sociales.

Titillé par ma curiosité plus que mon civisme, j’ai traqué l’auteur de ces fresques contemporaines genevoises. Pour faciliter ma recherche, je décrète qu’il ne s’agit que d’un seul et unique artiste, aussi talentueux qu’impertinent. Enigmatique aussi, car s’il n’hésite pas à se représenter dans ses œuvres, il renonce rarement au  portrait caricaturé. Mon meilleur indice est celui-ci :

J’ai sillonné la Toile pour préciser le portrait robot de mon artiste inconnu. Un site spécialisé recense cinq street artists actifs à Genève – tous dissimulés derrière des pseudonymes. Le style de leurs œuvres picturales publiées sur ne correspondent guère à celles ci-dessus. En désespoir de cause, je conclus de façon peu scientifique qu’il s’agit d’un émule de Banksy, même si leurs techniques artistiques diffèrent notoirement.

Plus sûrement, le street art transforme peu à peu par capillarité la cité de Calvin. Si Genève a déjà prêté depuis longtemps ses murailles aux expressions artistiques, leur style et leur tonalité restaient discrets, sinon austères.

De nos jours, le graffiti art élargi en un street art a pris le relais pour occuper toujours plus ouvertement l’espace public et transformer le milieu urbain genevois. Les traits s’enhardissent, les couleurs explosent, les supports se multiplient, les tabous thématiques tombent.

Même le Ciel s’y met. Je l’ai surpris à colorer d’azur la grisaille d’un bâtiment emblématique genevois. Ou encore à tracer d’élégantes voies lactées au-dessus du domaine de Penthes.

Si vous croisez à Genève le génial Banksy ou tout autre digne représentant du graffiti art, transmettez-leur mes félicitations admiratives.

Bien à Vous,

Bertrand