Thaïlande – Mon ami Pierrot

Published: 23/05/2011 | Documented: May 2011
Categories: Southeast Asia, Thailand

Mon ami Pierrot m’a prêté sa plume pour vous écrire un mot. Enfin, pas mal de mots.

Bangkok

Cinq ans après mon dernier passage, je retrouve Bangkok. Mégapole surpeuplée et polluée, mais vibrante. Nouvel aéroport, encore plus éloigné de la ville que son prédécesseur. Heureusement, le métro aérien relie désormais l’aéroport au centre-ville. Un vrai bonheur pour moi d’échapper aux embouteillages routiers.

Un brin pince-sans-rire, j’ai trouvé Bangkok… tranquille. Un hôtel charmant, invitant à de longs et douillets séjours. Des canaux aux eaux nauséabondes, plus calmes que jamais dans leur environnement bétonné.

Des gens pas pressés ni stressés. Obnubilés par le commerce, mais pas pressés du tout. Toujours le temps d’une sieste ou d’une lecture tranquille, même en pleine rue.

 

Krabi

Vue partielle et partiale, j’en conviens, car j’ai mis rapidement le cap au Sud. La petite ville de Krabi est férue d’ordre public, grâce à ses sévères gorilles postés aux carrefours. Leur mine patibulaire vaut assurément n’importe quel radar ou caméra vidéo. Soucieuse également de protection animale, Krabi choie les toutous en favorisant leur mobilité géographique.

Au marché, je repère rapidement les durians, ces fruits à l’odeur aussi atroce que leur saveur serait délicieuse. Il faut oser franchir le pas, ce que je n’ai toujours pas fait. Entre les étals, un groupe de jeunes musiciens joue sans conviction ni succès. A mon goût, l’Asie a beaucoup d’attraits culturels, mais pas celui de la musique dont la palme d’or revient à l’Afrique et l’Amérique latine.

Le littoral et les îles de Krabi sont trop courus pour présenter amplement ici ces imposants pitons calcaires qui émergent des eaux turquoise et émeraude de la mer d’Andaman.

Au besoin, revoyez L’homme au pistolet d’or : James Bond y affronte le terrible Francisco Scaramanga dans un somptueux décor naturel d’eau, de karst et de verdure situé dans la baie de Phang Nga, entre Krabi et Phuket.

Région touristique donc, mais qui compte encore de beaux espaces hors des sentiers battus. Plutôt que de visiter en pirogue à longue queue une énième grotte, je choisis d’arpenter un village de bateliers et de pêcheurs tenaillé par deux bras de la rivière Krabi.

Après une brève traversée, une pirogue navette me dépose au petit port de l’île. Des taxis motos démarrent en trombe avec les passagers fraichement débarqués. Je suis moins pressé. Proche du débarcadère, la première ligne d’habitations se blottit derrière un rempart de roseau. Des enfants se baignent, des bateliers révisent leur moteur longue queue, des femmes s’occupent des enfants. Ordinaire, mais authentique.

On m’observe discrètement, étonné qu’un farang (blanc occidental) débarque sur l’île. La curiosité ne transparaît pas encore. Cela ne saurait tarder. Je m’engage dans un chemin bétonné qui parcourt l’île.

Même sur la terre ferme, les maisons de bois et de fibre végétale sont montées sur pilotis. En façade trônent de petits autels garnis d’offrandes : l’abri de Chao Ti, l’esprit du foyer qui protège la maisonnée des mauvais esprits. Des ribambelles de petites perruches s’agitent dans leurs cages suspendues. Les Thaïs adorent le babil de ces oiseaux dont l’instinct prémonitoire aiderait également à anticiper les tsunamis.

Devant une coquette maison de bois, trois hommes conversent. L’un d’eux est vêtu d’un pagne – un vestige vestimentaire de l’Asie traditionnelle. Je feins l’intérêt pour les volatiles captifs pour mieux m’approcher du trio. L’un deux m’interpelle : « Tu te rappelles de moi ? Je t’avais proposé ce matin à Krabi une excursion en pirogue à la grotte. Et tu as refusé… » Un brin gêné, je rétorque : « Je préfère les gens aux grottes, et la marche à la pirogue. » Il se range à mon double argument, sourit et pose.

Plus loin, des enfants s’entraînent à la boxe thaïe dans la cour de leur maison. Supervisés par leur père, deux jeunes frères malmènent à tour de rôle un punching ball suspendu à la charpente ; la grosse et lourde saucisse tressaille et gémit sous la grêle de coups de poing, de pied et de genoux. La tête voilée et les mains gantées, leur sœur n’est pas reste. Son énergie combattive et ses énormes gants de boxe contrastent superbement avec son voile musulman. Elle sera malheureusement plus timide que ses frères face à mon appareil photo.

En face, deux vieilles femmes m’invitent à un rafraîchissement. Conversation de gestes plus que de paroles, mais beaux moments. Elles se montrent ravies de poser, et plus encore du résultat. Moi aussi.

Sur le chemin du retour, je m’engage dans la mosaïque complexe des rizières pour m’approcher d’un troupeau de buffles d’eau. Pas peu fier de mon intérêt, leur propriétaire m’explique sa passion pour l’élevage et la riziculture.

De retour au petit port, je loue les services d’un batelier pour m’approcher des mangroves.  Un groupe de chalutiers mouillent en rangs d’oignons, fatigués de leurs sorties nocturnes. Car ils ne pêchent que nuitamment, à la lumière de puissantes lampes qui attirent le poisson. Plus loin, un homme, l’eau jusqu’à la ceinture, écrème inlassablement l’eau fangeuse de son simple filet. Dans mon for intérieur, je lui souhaite une pêche miraculeuse, inversement proportionnelle aux moyens engagés.

Le lendemain, selon le principe qu’il faut connaître ses adversaires pour mieux apprécier ses amis, je participe à une journée en tour organisé en bateau d’une vingtaine de places. Les paysages sont magnifiques, mais le style d’excursion n’horripile.

Railay

Les jours suivants, je redeviens maître de mon temps et de mes intérêts. Plage et lecture, et plus encore ballades, photographie et sociologie m’occupent mes journées dans la superbe péninsule de Railay.

La péninsule est un lieu touristique, mais aussi votif puisqu’elle abrite une grotte vénérée des bouddhistes. Selon la légende, un marin local aurait recueilli au IIIe siècle avant notre ère une princesse indienne naufragée qu’il aurait ensuite abritée dans cette grotte. Un brin moqueur, j’imagine la suite au vu du culte phallique pratiqué aujourd’hui en l’honneur de la princesse Sri Kunlathewi…

Sur la plage se pressent de nombreux touristes débarqués par vagues par les opérateurs touristiques. Et nous sommes en basse saison. Essentiellement thaïs, ils se pressent vers la grotte où, après une brève prière, ils reprennent leur condition de touristes.

Alors interviennent les différences sociales. Les Rambo arpentent le sable, vêtus de treillis pseudo-militaires, sanglés d’un gilet de sauvetage et bardés d’un volumineux appareil photo. Suivent les dandys, soigneusement vêtus, coiffés et équipé. La mode féminine comme masculine suggère cette année notamment un élégant canotier de paille. Enfin, les Thaïes musulmanes déambulent tout sourire sans céder un centimètre de peau à l’ardeur solaire et aux plaisirs balnéaires.

Les touristes européens, quant à eux, sont plutôt jeunes et sportifs, au look décontracté sinon négligé. Les plus hardis avalent élégamment les hauteurs rocheuses face aux touristes asiatiques médusés. La région est un paradis pour l’escalade sportive en falaises calcaires. D’autres Européen(ne)s, moins intrépides et mais pas moins m’as-tu-vu, s’astreignent à de longues séances de rôtissage à petit feu sur la plage, en risquant çà et là des tenues osées en terre musulmane.

Le soir venu, les petits restaurants et bars s’animent. On mange et on boit presque les pieds dans l’eau, confortablement affalé sur des nattes et des coussins jetés sur de frêles plateformes sur pilotis.

La soirée est superbe. Sous la lune pleine, la forêt échevelée des mangroves voisines se mue en un théâtre d’ombres, s’anime de mille bruits. Au loin, un éclair de chaleur strie l’obscurité ponctuée des falots tremblotants des pirogues. Au clair de la lune, les enfants conversent avec Pierrot.

Merci, mon ami Pierrot, pour me prêter ta plume et vous conter ainsi ma félicité.

Bien à Vous,

Bertrand