2 janvier 2011 – Guinée – Nouvel an, nouvelle ère

La Guinée a fêté son nouvel an 2011 avec dix jours d’avance.

Un nouvel an aussi anticipé que particulier et même historique. Le 21 décembre 2010 s’est tenue à Conakry l’investiture du nouveau Président de la République. Première depuis l’indépendance du pays en 1958, il s’agit d’un civil – le professeur Alpha Condé.

Après un processus électoral aussi long que pénible et parfois violent, la Guinée a ainsi achevé sa première étape dans la transition vers un régime démocratique.

Habitant à proximité du lieu de l’investiture présidentielle, j’étais aux premières loges pour vivre et apprécier la liesse populaire en marge des cérémonies officielles.

Au matin du 21 décembre, le brouhaha des voix et des voitures dans la rue est anormalement matinal et élevé pour un jour férié. Le flux converge vers le Palais du Peuple, lieu des cérémonies officielles. Dès neuf heures, le chaos régnant au carrefour névralgique proche du Palais témoigne de l’importance historique de la journée.

Dans la rue, l’excitation est croissante et communicative. Le jaune, couleur du parti politique du nouveau Président guinéen, colore les tenues vestimentaires et les sourires de ses supporters.

Devant l’entrée de l’esplanade du Palais, la foule fait le pied de grue depuis les premières heures de la matinée. La patience et la discipline n’étant pas les vertus premières guinéennes, les gens enfoncent à moitié le portail. L’ouverture des grilles donne lieu à une joyeuse bousculade.

Après la cohue, je me glisse à mon tour dans le goulet pour gagner l’esplanade. Les endroits ombragés y sont rares et prisés, car le soleil s’est invité à la journée, implacable. L’ambiance est bon enfant, solennelle et digne pour les personnes âgées, exubérante et ludique pour les plus jeunes. L’intersection du poids du passé et des espoirs de demain.

Soudain s’esquissent un mouvement de foule doublé d’un rugissement de hourras. Le cortège présidentiel pénètre dans l’enceinte du Palais, avant de disparaître rapidement dans le bâtiment pour la partie officielle.

Pour l’immense majorité des partisans et des badauds, ce sera l’unique contact visuel avec le nouveau chef d’État guinéen. N’importe, la fête continue de plus belle. Les orchestres de musique traditionnelle rivalisent de décibels et de rythmes pour attirer les danseurs.

Mais Phoebus mine peu à peu les énergies festives. Le reflux vers les quartiers de la capitale débute avant même le début des cérémonies officielles à l’intérieur du Palais. Il grossit rapidement pour créer les mêmes embouteillages du matin. Le pain quotidien du Conakrien.

Une fois achevées la cérémonie et la fête d’investiture, demeurent les formidables attentes du peuple guinéen. Le professeur Alpha Condé a promis un changement majeur durant son mandat présidentiel. Un nouveau départ, une nouvelle ère, un nouvel an pour la Guinée.

Mes meilleurs vœux de réussite face à l’ampleur de la tâche.

Bien à Vous,

Bertrand