18 mai 2009 – Mali – Trois portraits

J’ai découvert le Mali par sa musique, voici une quinzaine d’années. Ses rythmes, qui ont bercé mes longues heures d’études universitaires, captivent et charment toujours mes sens. Puis des lectures choisies m’ont introduit à l’Afrique de l’ouest et à l’actuel Mali, notamment le magnifique Water Music, de Steven T. Boyle. Enfin, le séjour actuel en Guinée m’a convaincu de l’attrait culturel du voisin malien.

J’ai récemment passé dix jours dans le sud et centre du Mali, à une époque désertée par le tourisme en raison de la chaleur. Par 45° à l’ombre à la mi-journée, pas facile, mais rien d’impossible non plus, y compris pour un trekking en pays dogon. Je vous conterai le voyage lorsque j’en aurai le temps. En avant-goût, voici trois portraits rapides, croqués lors autant d’étapes et de moments forts. 

Ségou l’indolente, aux pieds baignés des eaux du fleuve Niger. Sur les rives du fleuve, ce berger surgi de nulle part, au pas régulier rythmé de la musique grésillante distillée par sa grosse radio portée en collier. Une rencontre éclair où il importe d’agir vite et bien, tout en respectant les civilités locales. Je vois encore son visage d’éclairer d’un gros sourire au vu de son portrait électronique dans l’écran de mon appareil photo.  

Djenné la vénérable, affairée lors de son marché hebdomadaire. Le marché bat son plein sous un soleil implacable qui plombe les mouvements de la multitude. Je le repère de l’autre côté de la place grâce à sa démarche vive, irréelle de fraîcheur dynamique. Marchant ou volant, je ne sais, il avale la place du marché en deux secondes avant de disparaître dans une ruelle adjacente sans me voir ni me dévoiler son visage. N’importe, j’ai capturé son vol furtif. Homme volant non identifié, il habite mes souvenirs.

Rencontré dans un village dogon, l’homme d’apparence plutôt rude est un seigneur local de la chasse. En Occident, il vivrait une retraite bien méritée. Dans le pays dogon, il chasse encore malgré sa démarche claudicante. Son corps massif et ses gris-gris disent toutefois de la force qui l’habite encore.

Ma chance du jour: je suis accompagné par le chef du village qui n’est autre que son petit frère. La conversation s’engage, dont je ne perçois que les accents et les tons. D’un regard souriant, je prie mon guide de continuer le bavardage. Tout le registre des émotions sonne dans la voix caverneuse de notre chasseur qui oublie presque ma présence.

Bien à Vous,

Bertrand