10 novembre 2009 – Guinée – Destins de Peules
La Guinée est féminine. L’évidence linguistique en langue française est confortée par la légende étymologique guinéenne qui raconte qu’au XVe siècle, les premiers explorateurs portuguais en terre guinéenne s’entendent dire « Guiné né mahafé » aux abords des villages traversés, soit « Les femmes se lavent » en langue soussou – les villageoises passant du temps à la rivière pour la lessive familiale et leur hygiène personnelle. Les aventuriers portuguais, peu au fait du soussou, en déduisent que le territoire s’appelle « Guinée ». Le terme né d’une équivoque linguistique aurait ainsi voyagé à travers le temps jusqu’à nos jours.
Si la Guinée est féminine, elle n’épargne guère la gent féminine. Dans la société traditionnelle du Fouta-Djalon, les femmes et les filles n’ont pas la vie dorée: souvent défavorisées en matière de scolarisation, vouées aux lourdes tâches ménagères et agricoles, peu libres de leurs choix matrimoniaux et maternels.
Un soir, une jeune femme d’une quinzaine d’année, mariée par son père à un homme qu’elle a quitté depuis lors pour regagner le foyer familial, s’affaire pendant trois bonnes heures pour nous préparer un plat de fonio à la sauce cacahouète. Je n’en peux plus d’attendre, affamé et mal assis sur une méchante banquette de bois.
« Tu vois combien notre condition de femme africaine est difficile » , me lance-t-elle en me passant un coussin pour soulager mes fesses endolories. Son village compte à peine cinq cases, perdues dans la brousse du Fouta. Après le repas, la jeune femme nous fait écouter sa seule K7 musicale, à la bande sonore en piteux état. Le lendemain à notre départ, elle contient difficilement ses larmes: « Restez plutôt, au lieu de faire des photos et de partir ».
L’anecdote pourrait se décliner en de multiples variations au fil des rencontres. Mon intention n’est pas d’instruire un mauvais procès de société, mais plutôt de suggérer qu’au-delà des difficultés quotidiennes, l’être humain, la femme en particulier, montre une formidable résilience. Le reste de mon propos est photographique: laissons la beauté des coups d’oeil parler pour elles – les femmes du Fouta-Djalon.
Et les relations de genre, dans tout cela? Je ne résiste pas à vous livrer deux recettes traditionnelles de stimulation nataliste dans le Fouta-Djalon. Désolé mesdemoiselles, toutes deux s’adressent surtout aux hommes, mais leur équivalent féminin doit exister sûrement. Les feuilles de kenkeliba font apparemment merveille en l’espèce. Consommées en décoction, elles purifient l’organisme, déconstipent et agissent comme un puissant aphrodisiaque. Elles ont également valeur de philtre d’amour. Les bébés sont traditionnellement baignés de décoction tiède de feuilles de kenkeliba. Pour les garçons, c’est l’assurance d’être aimé de toutes les femmes.
Si le philtre de kenkeliba ne suffisait pas à séduire sa dulcinée, l’amoureux avisé recourt à une poudre à base de lézard à tête jaune. Séchez, puis pilez soigneusement la chair du reptile, mélangez-la à du piment pilé avant de répandre le fin mélange sur le chemin de l’élue de votre coeur: celle-ci tombera à tous coups follement amoureuse de vous.
Un voyage au coeur du Fouta-Djalon ne serait possible sans un délicat travail d’approche et d’introduction sociales effectué par un guide local. Aboubacar s’est révélé aussi bon guide qu’agréable compagnon. En fait, nous sommes voisins à Conakry. Et amis depuis cette expérience commune.
Bien à Vous,
Bertrand















